31
MAR
2014

Voir, Savoir, Croire

Pendant le carême de l’année A, la liturgie fait entendre les grands récits de l’évangile de Jean. Suite à une rencontre banale (Jésus demande de l’eau en Jn 4) ou à une guérison (celle de l’aveugle en Jn 9), un dialogue s’établit entre Jésus et différents interlocuteurs. Pour apprécier le texte de Jn 9, il convient de porter l’attention sur trois verbes.

– VOIR. Ce verbe, avec son synonyme, recouvrer la vue, revient 13 fois. Il balise le chemin. Au début, Jésus voit l’aveugle (v. 1), et au verset 37, c’est ce dernier qui peut enfin voir Jésus. Entre ces deux moments l’aveugle a expliqué comment il a recouvré la vue, alors que les autres l’interrogeaient sur ce qui s’est passé (v. 8).

– SAVOIR. Ce verbe, avec son contraire, ignorer (= ne pas savoir), vient 10 fois dans le texte. Au v. 12 l’aveugle guéri ne sait pas où est Jésus. Au fil du texte les principaux intervenants prennent position. Les uns, comme les parents, sont prudents (v. 21) ; d’autres nettement plus catégoriques comme les pharisiens, campent sur leurs certitudes (v. 24.29). L’aveugle, quant à lui, sait ce qui s’est passé (v. 25) et s’enhardit en prenant position sur l’identité de Jésus (v. 31).

– CROIRE. On ne trouve ce verbe que quatre fois, mais sa place dit son importance. Tout d’abord les juifs refusent de croire (v. 18), alors que dans les v. 35-38, l’aveugle guéri dit sa foi, laquelle est signifiée par le geste de la prosternation.

Les trois verbes, voir, savoir et croire s’interpellent dans le texte de Jn 9. Ils sont complémentaires. Ils acheminent le lecteur vers une déclaration de foi qu’il est invité à faire avec l’aveugle. Au fil du texte ce dernier se déclare pour Jésus : au début, ne le connaissant pas, il l’appelle « l’homme qu’on appelle Jésus » (v. 10) ; ensuite il le désigne comme « un prophète » (v. 17), puis comme « un homme de Dieu » et non un pécheur (v. 31-33) et enfin comme le « Seigneur » (v. 38). Avec les thèmes de l’eau et de la lumière bien présents dans ce texte, Saint Jean donne, en filigrane, les étapes d’une catéchèse baptismale, depuis une quasi ignorance sur Jésus (v. 12) jusqu’à la profession de foi (v. 37). Ce n’est d’ailleurs que lorsque l’aveugle voit Jésus qu’il croit. Saint Jean prépare son lecteur à accueillir la foi pascale : lorsque le disciple bien-aimé entra dans le tombeau, « il vit et il crut » (Jn 20, 9).

Père Christian